Boabdil, dernier Roi Musulman d’Espagne (2/2)

Grenade encerclée

Les Monarques Catholiques avaient gagné exactement ce qu’ils avaient souhaité : en encourageant la désunion parmi la querelle Nasride, ils ont pu grignoter le territoire de la dernière enclave Islamique sur la Péninsule Ibérique. En 1490, ils avaient capturé les villes importantes de Malaga, Marbella, Almeria, Guadix et Baza –  autrement dit, Grenade était pratiquement encerclée et tout ce qui restait du royaume de Boabdil était la ville elle-même et l’enclave montagneuse des Alpujarras (Sierra Nevada).


Capitulation de Grenade, peinture de Francisco Pradilla y Ortiz

Capitulation de Grenade, peinture de Francisco Pradilla y Ortiz

Un Marché fatal

Si Boabdil pensait sincèrement que Ferdinand et Isabelle honoreraient leur pacte, il devait être profondément déçu. En 1491, les habitants de Grenade s’alarmèrent de voir un immense campement en construction, non loin de la ville, dans la fertile plaine de la Vega. Les monarques catholiques avaient finalement jeté leur dévolu sur la cité de  Boabdil et ses merveilleux palais ; ils bloquèrent l’approvisionnement de la ville, et l’assiégèrent.

Lorsque le premier camp brûla complètement, il fut reconstruit en pierre, et prit le nom Santa Fe, preuve indéniable que Ferdinand et Isabelle désiraient demeurer là. En novembre, Boabdil se rendit compte que Grenade ne pouvait tenir beaucoup plus longtemps, et entreprit des négociations secrètes entre son vizir et le représentant des Castillans ; une rencontre fut arrangée entre lui et les Rois Catholiques à Santa Fe le 25 novembre.

À cette rencontre, connue sous le nom de « Capitulation de Grenade », Boabdil s’engage à remettre les clés de l’Alhambra. On lui donnerait les Alpujarras comme fief, et le droit des habitants musulmans de Grenade, par leurs nouveaux seigneurs chrétiens, serait respecté.

La Chute de Grenade

Ayant signé cet accord, Boabdil revint à Grenade. Il avait soixante jours pour quitter la ville, mais la nouvelle de l’accord avec Ferdinand et Isabelle s’était sue,  et avait causé une telle agitation parmi la population, que les conseillers de Boabdil craignirent  pour sa sécurité. Ils convinrent finalement d’une autre date, et au matin du 2 janvier 1492, le roi et la reine catholiques d’Espagne prirent  possession de leur bien. De son côté, Boabdil, Muhammed XII, dernier souverain nasride,  s’exila dans les contreforts de la Sierra Nevada.

Exil

L’histoire racontée à propos de Boabdil ne peut, en fait, être véridique. La légende dit qu’alors qu’il s’exilait, il s’ arrêta pour jeter un dernier regard sur sa cité, et  pleura ce qu’il avait perdu. Mais sa mère Aixa lui lança amèrement : « ne pleure pas comme une femme, pour ce que tu n’as su défendre comme un homme ». L’endroit où cet épisode eut lieu, sur la route de Grenade à Salobreña, est appelé aujourd’hui « Puerto del Suspiro del Moro », « Col du Soupir du Maure ». Récemment, cependant, on a supposé que cette histoire avait été inventée bien plus tard, et qu’en route pour les Alpujarras,  Boabdil ne serait même jamais passé par là.

D’autres auteurs pensent que Boabdil et Morayma jouirent d’une courte période de bonheur dans les Alpujarras. Vrai ou faux,  l’année suivante, sa femme chérie et l’un de ses fils moururent ; éploré,  Boabdil quitta l’Espagne pour le Maroc, sans jamais y revenir.

Il avait déjà écrit au Calife de la dynastie Marinid, régnant au Maroc, pour lui demander un sanctuaire. Ceci lui fut bien sûr accordé, et Boabdil se rendit d’abord à Melilla, puis à Fez ; il y fut royalement traité, et autorisé à construire un palais. Bien qu’il ait perdu son royaume, au moins ne fut-il jamais témoin des cruautés de l’Inquisition, et de la persécution des Musulmans et des Juifs de la nouvelle Espagne.

À l’image de certains épisodes de sa vie, les circonstances de la mort de Boabdil sont discutables. Un chroniqueur espagnol du XVIe siècle écrivit qu’il mourut à la bataille de 1527, pour les Marinids, contre leurs rivaux, les Saadis. D’autres disent qu’il est mort chez lui, en 1533, entouré des siens. Quoiqu’il en soit, et malgré les incertitudes de l’histoire de Boabdil, nous avons une idée de l’homme qu’il a été : un mari affectueux et un souverain malheureux, pour qui le qualificatif d’ « Infortuné » fut tragiquement approprié.

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7 réponses à “Boabdil, dernier Roi Musulman d’Espagne (2/2)”

  1. Moussi dit :

    …Mais ce que les chroniqueurs omettent à propos de Bouabdil c’est le fait que ce dernier s’exila ensuite plus à l’est de la Adoua et trouva refuge dans la station thermale qui porte toujours son nom Sidi el Addelli. Après un court séjour au nord du Maroc, probablement à Fes, les exilés Andalou établis dans cette ville lui rendaient la vie impossible.C’était pour cette raison qu’il avait choisi d’aller plus à l’est et s’établit dans ce village qui porte son nom.

  2. boabdil dit :

    En effet,de Fès il a rejoint l’Algérie plus exactement Tlemcen ou il fut enterre a sa mort la pierre tombale a été retrouve lors des travaux et celle ci est exposés au musée de Tlemcen.

  3. López dit :

    Stations thermales découvertes par les Romains lors de leur mise en valeur de l’Afrique du Nord. On en veut pour preuves, Volubilis, la Vallée Heureuse, Sidi Harazem (eaux chaudes), Moulay Yacoub (eaux sulfureuses et bains de boues découverts par les Romains qui nous laissèrent en héritage leur civilisation…..
    A méditer

  4. EL Aidi Ahmed dit :

    Bonjour
    En effet, il y’a une tombe qui a été découverte à Tlemcen du temps des zayyanides. Cependant elle est celle de l’oncle de Boabdil, le génial et brave ELZaghal. Ce dernier quitta Almeria et rejoint Tlemcen. Boabdil se dirigea à Ceuta (Portuguaise) d’autres diront Tanger. Il se dirigea vers Fès ou il fut accueilli chaleureusement et il y construisit un palais ou plusieurs. Et il y mourut 40 après son départ des montagnes Alpujarras ALBacharat en arabe. Boabdil comme son prédécesseur Ibn Abbad de Séville, quelques siècles auparavant Maria une de ses filles au roi Ferdinand de Castille. Les descendants de cette lignée existent aujourd’hui. Si vous voulez plus de détails contactez moi. Dernière chose, une équipe de chercheurs espagnols du pays basque AURAIENT trouvé la tombe de Abu ‘Abdillah à Fès à Bab AL Mahrouq. Ils attendent le feu vert des autorités marocaine et surtout du ministère des affaires islamiques pour exhumer le corps.
    Wa Allahu A’lam

  5. EL Aidi Ahmed dit :

    Ah dernière chose Muhammad XI et non XII ne traita jamais avec les Merinides qui étaient puissants mais s’ils échouèrent à la Bataille du Rio Salado contre la coalition lusitano espagnole. Le sultan marocain perdit aussi sa sœur qui fut appréhendée par les troupes chrétiennes. Boabdîl comme auparavant son général almandari établi à Tetouan en 1485, demanda l’asile au souverain marocain Ouattaside.
    Bonne lecture et bonnes recherches.

  6. Merya dit :

    Bonsoir,
    Je viens de lire le texte sur l’exil de Boabdil et je me permets d’attirer votre attention sur quelques inexactitudes.
    – Boabdil a quitté la péninsule ibérique pour se rendre directement à Tlemcen, en Algérie. Ce fait est rapporté par Fernando de Zafra, (1444-1508) secrétaire à la cour des rois catholiques, chargé de surveiller le passage en Afrique des Maures exilés. Il mentionne, en effet, le 9 décembre 1492 que Boabdil quitta Andarax pour se rendre à Tlemcen. L’information est reprise par Leonard Patrick Harvey (ancien Chef de Département au King’s College, Université
    – Lorenzo de Padilla, gouverneur d’Alcala et jurat d’Antequera, voyageait, déguisé, sur l’embarcation du dernier roi maure de Grenade. Il l’a accompagné jusqu’à Tlemcen et l’a surveillé là-bas durant une année au cours de laquelle il a consigné tous les détails dans un rapport destiné au Roi d’Espagne.
    – Boabdil n’avait aucun intérêt à se rendre au Maghreb extrême c’est-à-dire le Maroc, car les principaux ports de ce pays étaient sous occupation d’abord portugaise puis espagnole. Il y régnait à l’époque des wattassides, confusion et anarchie.
    – Boabdil fut très bien reçu à Tlemcen, par le roi zianide.
    – Il fut accueilli dans une ville de culture andalouse où vivaient des milliers d’andalous.
    – Boabdil est décédé à Tlemcen, en 1494. son épitaphe a été retrouvée par les soldats français lors de travaux menés en plein cœur de la cité. L’endroit où l’épitaphe a été retrouvée se trouve être l’ancien cimetière de la dynastie zianide : le cimetière de Sidi Brahim.
    – La traduction de l’épitaphe par le muphti de Tlemcen laisse penser qu’il s’agit exactement de Boabdil, car elle mentionne toute sa généalogie et indique l’âge du sultan. Le défunt était âgé de 40 années lunaires, soit entre 38 et 39 années solaires. L’oncle, Al-Zaghal, aurait eu au moins 70 ans à l’époque.
    – Je lis régulièrement toute sorte de version sur l’exil de Boabdil à Fès, mais il s’agit, en fait, de légendes, il n’y a absolument aucun indice matériel sérieux qui puisse le prouver.
    – Voici un lien qui vous fournira de plus amples détails. https://meryagazelle.jimdofree.com/boabdil/
    – Cordialement,

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