Des Ziries aux Nasrides : chronologie historique de l’Alhambra et de ses monarques résidents

Précisons avant tout que l’ Alhambra ne fut pas résidence de souverains jusqu’au XIIIème siècle, puisque les premiers rois grenadins, les Ziries au XIème siècle, établirent leurs palais et leurs principales défenses sur la colline d’en face, l’Albaicin. Il ne reste rien d’eux, sauf le souvenir et les murailles en ruine. Ce furent les monarques nasrides qui se fixèrent les premiers sur la colline de la Sabika (la colline de l’ Alhambra) ; et sur laquelle existait déjà les restes d’une autre construction militaire, datant probablement du IXème siècle.

Alhambra - Grenade - Andalousie

La Porte de la Justice (Puerta de la Justicia) – Alhambra

lien: les Palais Nasrides de l’Alhambra

Voici un résumé de l’évolution de l’Alhambra quant à sa construction, et le rôle tenu par ses monarques nasrides résidents les plus notoires

Muhammad I, Al-Ahmar (1238-1273) : fondateur de la dynastie, grand stratège politique, à qui revient l’honneur d’avoir initié la construction de l’Alhambra en tant que palais des Rois grenadins. Il construit l’Alhambra à partir des restes d’une antique forteresse qui se trouvait déjà sur la colline de la Sabika, sur laquelle il établit l’édifice. Il l’alimente en eau du rio Darro, construisant un barrage. Nous lui devons la Torre de la Vela et la Torre del Homenaje, dans l’Alcazaba. Il perfectionne les défenses et crée les réservoirs à grains et à munitions. Il a probablement édifié les murailles.

Muhammad II (1273-1302) :  roi scientifique et lecteur du Coran, ce qui lui valut le surnom d’ « alfaqui » (roi savant). Il continue la construction du palais et de l’enceinte défensive entamée par son père. La Torre de las Damas et la Torre de los Picos, au flanc nord de l’enceinte, semblent dater aussi de cette période. Il est possible que ce soit lui qui déclencha la construction du Mexuar.

Muhammad III (1302-1309) : un roi aveugle et détrôné appelé à juste titre « al-majilu » (le détrôné). Sous son règne se développe un généreux sens de la tolérance, de nombreux étrangers viennent à Grenade et les chrétiens se marient avec des femmes musulmanes. C’est à lui que nous devons la construction d’un bain public et de la Mosquée Royale transformée plus tard en’église (de Santa Maria). De récentes études lui attribuent aussi l’édification du Palacio del Partal, le plus ancien des palais de l’Alhambra.

Ismail I (1314-1325) : un prince énergique que les chroniqueurs musulmans couvrent d’éloges et de vertus, y compris celle de la chasteté. Il agrandit et embellit le Generalife : il est considéré comme son authentique constructeur. Il défit les chrétiens sur la Sierra  Elvira, où moururent les infants don Juan et don Pedro. Il gagna de même la plaza de Martos, à Jaen.

Muhammad IV (1325-1333) : l’émir au destin tragique fut assassiné. Il peut avoir contribué à l’agrandissement du Mexuar, bien qu’il puisse avoir été terminé à l’époque de Yusuf I.

Yusuf I (1333-1354) : sous son règne et celui de son fils, le Royaume de Grenade atteint son apogée. C’est d’eux que nous parvient la presque totalité des palais tel qu’ils sont aujourd’hui. Il reforme l’Alcazaba, fait construire la Porte de la Justice et des Armes (Puerta de la Justicia y de las Armas), le Palais de Comares et les bains du palais. De nombreuses tours comme celle des Siete Suelos, celle du Cadi, de la Captive, de Machuca et de Comares sont possiblement construites ou reconstruites par lui. On remarque particulièrement la Tour de la Captive, qui par son riche intérieur, est pareille à un palais. Il construit aussi la Madraza (université), face à la Mosquée Royale de Grenade. Il a le mérite militaire d’avoir réussi à détruire l’escadre castillane, en 1340, dans les eaux du détroit de Gibraltar, au cours de la bataille navale la plus importante du siècle. Il meurt, assassiné par un fou, dans la Mosquée de l’Alhambra.

Muhammad V (1354-1391) : le roi qui gouverne deux fois, puisqu’on lui usurpe un pouvoir qu’il récupère ensuite. Il  continue l’œuvre de son père, redécorant certaines pièces du Palais de Comares, ainsi que la majestueuse façade d’entrée. Sa grande contribution est la construction du Palais des Lions, avec son fameux patio et toutes ses salles et édifications l’entourant. Il construit de même l’hôpital du « Maristan » dans l’Albaicin. Son gouvernement est composé d’intellectuels, parmi lesquels le polygraphe Ibn-al-Jatib et le poète Ibn Zamrak. Il fut l’ami du roi chrétien Pedro I « Le  Cruel » qu’il aida à la restauration des Reales Alcazares de Séville.

Muhammad VII (1392-1408) : c’est un roi belliqueux, qui occupa le trône, outrepassant les droits de son frère aîné, Yusuf, l’emprisonnant dans le château de Salobreña. Le poète Ibn Zamrak fut assassiné sous son règne. Sa principale contribution à la cité palatiale est la construction de la Tour des Infantes (Torre de las Infantas), dont l’intérieur figure parmi les plus beaux de toutes les tours de l’enceinte. D’autres attribuent la construction de cette tour à un monarque postérieur : Saad (1454.1464)

Yusuf III (1408-1417) : sûrement le dernier grand roi de Grenade. Après lui, la dynastie nasride entre en période d’agonie. Avant d’accéder au trône, comme nous l’avons mentionné plus haut, il fut emprisonné à Salobreña. Les chroniques font état d’un courrier de Grenade qu’il reçoit lors de sa détention, stipulant que son frère Muhammad VII ordonnait son exécution. Yusuf  demande à faire ses adieux à sa famille mais on le lui refuse. Il demande alors à ce qu’on lui laisse terminer la partie d’échec qu’il disputait avec le gouverneur de la forteresse. Yusuf, qui pressent ce qui va lui arriver, fait durer la partie le plus longtemps possible  ; avant qu’elle ne soit terminée, une troupe de cavaliers grenadins le libère et le mène à Grenade, où il est proclamé Roi, en 1408. Il construit le Palais de Yusuf III dans la zone connue aujourd’hui comme le Partal Alto (Haut Partal). Bien que ce palais ne soit plus que ruines, il devait être la construction la plus somptueuse de l’Alhambra  après celle des Palais de Comares et des Lions.

Les souverains qui vivent ensuite à l’Alhambra correspondent à une époque que l’on peut qualifier d’« agonie et mort du royaume », emplie de luttes civiles et contre les chrétiens : mis à part le règne de Saad, peu apportent de construction. Avec eux commence un déclin qui s’achève sous Boabdil, dernier Roi Nasride ; il livre officiellement la ville et ses forteresses au Rois Catholiques, à Isabelle de Castille et à Fernando de Aragon, le 2 janvier 1492.

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  1. […] citée palatiale, aux sultans ou sont des allégories symboliques, les poètes les plus fameux du monument nasride étant Ibn Zamrak, et le plus important, Ibn […]

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